« Mal conseillé », « bricolage » au palais : Onanga Y’Obegue allume Oligui Nguema et son entourage
La charge est frontale, longue et méthodique. Ce lundi après-midi, l’opposant Ali Akbar Onanga Y’Obegue, resté fidèle à Ali Bongo renversé le 30 août 2023, publie sur sa page Facebook une diatribe visant directement le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema, qu’il dit « structurellement » mal entouré. Dans cette tribune au ton professoral, le secrétaire général de l’aile du Parti démocratique gabonais (PDG) restée fidèle aux Bongo ne se contente pas de critiquer l’action gouvernementale : il met en cause la fabrique même de la décision au sommet de l’État, et suggère un « sabotage silencieux » au cœur de l’exécutif.
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« Un entourage de complaisance »
Dès l’entame, l’universitaire avance une thèse : le problème ne se limite plus aux décisions, il réside dans « la qualité du conseil qui précède l’acte ». Il assène que le Chef de l’État est « mal conseillé » , non « ponctuellement », mais « durablement », accusant son entourage d’avoir « renoncé » à dire la vérité au Président. Il évoque des conseillers qui « applaudissent », « flattent » et protègent leurs « privilèges », au lieu « d’éclairer, d’alerter, de prévenir ».
Les griefs soulevés par Onanga Y’Obeghe
| Thème | Grief soulevé | Citation clée | Conséquence politique pointée |
|---|---|---|---|
| Qualité du conseil présidentiel | le Président serait « mal conseillé » de façon durable, avec un entourage jugé complaisant | « le Président de la République est mal conseillé. non pas ponctuellement… mais structurellement, durablement et dangereusement. » | décisions « incohérentes », fragilité juridique, tension sociale, discrédit du pouvoir |
| Rôle des conseillers | les conseillers renonceraient à dire la vérité et privilégieraient carrières et intérêts | « au lieu de protéger le Chef de l’État contre l’erreur, ils l’y conduisent. » | « instabilité, méfiance, improvisation » ; perte de crédibilité du sommet de l’État |
| Posture de l’entourage | accusation de « sabotage silencieux » et de déloyauté institutionnelle | « cet entourage semble avoir fait le choix délibéré d’une forme de sabotage silencieux. » | exposition du Président à des décisions « politiquement suicidaires » |
| Episode des ministres-députés | dénonciation du rappel de 13 ministres élus députés malgré l’incompatibilité invoquée en novembre | « un retour qui défie toute logique juridique… triomphe du bricolage institutionnel. » | « yo-yo ministériel », confusion institutionnelle, fragilisation de l’État de droit |
| Usage de l’article 73 | critique d’une interprétation « à géométrie variable » de la Constitution | « l’article 73 n’a pas changé… seule l’interprétation a été inversée. » | impression d’une Constitution instrumentalisée ; perte de cohérence républicaine |
| Nature du régime | mise en cause d’un régime « présidentialiste » jugé hybride et mal maîtrisé | « régime hybride… que personne au sommet de l’État ne maîtrise vraiment. » | gouvernance « à tâtons », improvisation permanente, responsabilité présidentielle surexposée |
| Séparation des pouvoirs | contradiction entre un présidentialisme revendiqué et la nomination de parlementaires au gouvernement | « on prétend instaurer un régime présidentiel, mais on garde les pratiques parlementaires. » | affaiblissement de la séparation stricte ; contestation de la doctrine institutionnelle |
| Discours de vœux et élections | le Président aurait reconnu des dysfonctionnements électoraux sans en tirer de conséquences immédiates | « il a reconnu explicitement que les derniers scrutins ont été entachés de dysfonctionnements sérieux. » | parole présidentielle vidée de portée ; soupçon d’aveu sans action |
| Promotion du ministre de l’intérieur | dénonciation de la promotion du ministre de l’Intérieur après l’aveu des failles électorales | « le lendemain… le ministre de l’Intérieur est promu vice-président du gouvernement. » | contradiction publique ; « ridicule institutionnel » ; défiance accrue |
| Budget 2026 | critique d’une hypothèse de croissance 7–8 % jugée irréaliste | « ce budget repose sur… 7 à 8 %… une quasi-multiplication par trois. » | risque de discrédit international, tensions avec bailleurs, vulnérabilité de la dette |
| Crédibilité extérieure | crainte d’un choc de confiance si les prévisions ne se réalisent pas | « comment pourra-t-il conserver sa crédibilité ? » | dégradation de la signature du pays, hausse du coût de financement, recul de l’investissement |
| Solution proposée | appel à une révision constitutionnelle et à un retour au semi-présidentiel avec Premier ministre | « cette révision n’est pas une marque de faiblesse. c’est un acte de lucidité politique. » | protection du Chef de l’État, cohérence institutionnelle, délégation politique restaurée |
L’auteur prend soin de dédouaner, partiellement, le Président en le ramenant à son profil : « Le Président Brice Clotaire Oligui Nguema est un militaire ». Et d’en tirer une conséquence politique : un Chef d’État n’a pas à être « constitutionnaliste » ou « macroéconomiste », mais son équipe, elle, doit l’être. À défaut, prévient-il, l’exécutif s’expose à l’« instabilité », à la « méfiance » et à l’« improvisation ».
L’épisode des « ministres-députés » relancé en boomerang
Premier exemple brandi : le retour, ce 1er janvier 2026, de treize ministres ayant quitté l’exécutif après leur élection au Parlement, en application de l’article 73 de la Constitution de 2024. Ali Akbar Onanga Y’Obegue parle d’une « farce » et d’un « bricolage constitutionnel », accusant le pouvoir de faire du yo-yo institutionnel, sans cohérence juridique. Il résume l’affaire comme un reniement : la règle d’incompatibilité n’a pas changé, mais son usage, lui, aurait varié « au gré des besoins politiques du moment ».
Dans le même mouvement, le désormais opposant attaque l’architecture de la Ve République, qu’il qualifie de régime hybride « présidentialiste » et, surtout, mal maîtrisé. Il estime que le Gabon aurait « abandonné » un régime « connu et maîtrisé » pour un système « que même ses concepteurs semblent incapables d’appliquer avec cohérence ». Sa conclusion est cinglante : « Le droit n’est pas un jouet, et la Constitution n’est pas un Lego ».
« Double langage » entre le 31 décembre et le 1er janvier
Deuxième séquence ciblée : le contraste entre le discours de vœux du 31 décembre, où le Président évoque des failles des scrutins, et la promotion, le 1er janvier, du ministre de l’Intérieur au rang de Vice-président du Gouvernement. L’opposant y voit une contradiction destructrice, parlant d’ « art du sabotage par double langage ». Selon lui, une parole présidentielle qui reconnaît des dysfonctionnements électoraux devrait logiquement entraîner des conséquences politiques immédiates.
Il déroule alors un raisonnement à deux options, présentées comme perdantes : soit le Président croit à des irrégularités graves et promeut malgré tout le responsable, soit il est satisfait du dispositif électoral et n’aurait pas dû tenir un discours d’aveu. Dans les deux cas, il affirme que le Chef de l’État se retrouve exposé au « ridicule institutionnel » et à une crise de crédibilité, faute d’alignement entre parole et décision.
Un budget 2026 jugé « irréaliste »
Troisième angle : la loi de finances 2026. Ali Akbar Onanga Y’Obegue conteste une hypothèse de croissance à « 7 à 8 % » qu’il juge déconnectée des performances récentes. Il affirme que ce cadrage, selon lui, « ne résiste à aucune analyse sérieuse » et prête aux institutions financières internationales des projections bien plus prudentes. Sur ce point, il charge l’entourage présidentiel : un tel affichage, soutient-il, expose l’État à une perte de crédibilité auprès des bailleurs, des agences de notation et des investisseurs.
Surtout, l’ancien ministre transforme la critique technique en critique politique : il présente ce budget comme un « pari irresponsable » qui pourrait, demain, se retourner contre le Président sur la scène internationale. Son message est clair : la fragilité ne vient pas seulement de l’économie, mais de la communication et de la décision publique lorsque celles-ci reposent sur des hypothèses contestables.
La cible finale : la Constitution et l’architecture du pouvoir
En filigrane, la tribune est aussi un plaidoyer pour une révision constitutionnelle. Ali Akbar Onanga Y’Obegue accuse le système actuel d’exposer inutilement le Président en concentrant sur lui les rôles de Chef de l’État, Chef du Gouvernement, arbitre politique et gestionnaire du quotidien. Il défend un retour à un schéma semi-présidentiel, avec un Premier ministre « fusible politique » et amortisseur des crises sectorielles, afin de « protéger » le Chef de l’État et de restaurer une « fluidité institutionnelle ».
Au-delà du cas Oligui Nguema, la publication vise un objectif : fissurer la narration officielle d’une Ve République stabilisée, en soulignant ce que l’auteur présente comme des incohérences de méthode, de droit et de gouvernance. Une offensive politique signée, revendiquée, et calibrée pour frapper là où le pouvoir se veut fort : la maîtrise de l’État et l’autorité de la parole présidentielle.
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