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Gabon : Une mère implore Oligui Nguema pour le sort de son fils, écroué depuis plus de 3 ans

Gabon : Une mère implore Oligui Nguema pour le sort de son fils, écroué depuis plus de 3 ans
Gabon : Une mère implore Oligui Nguema pour le sort de son fils, écroué depuis plus de 3 ans © 2026 D.R./Info241

Publiée ce mardi 14 avril sur les réseaux sociaux, la lettre ouverte de Philomène Okome Ndong au président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, jette une lumière crue sur une affaire judiciaire et familiale devenue, à ses yeux, un véritable drame. Cette mère de 68 ans y raconte l’incarcération de son fils, Landry Nze Essame PDG de la nébuleuse JDS Technologies, arrêté le 30 septembre 2022, qu’elle dit victime d’une détention prolongée, d’abus dans la gestion de son dossier et de graves préjudices matériels. À quelques jours d’une nouvelle audience annoncée pour le 21 avril, elle demande l’intervention directe du chef de l’État.

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Une détresse rendue publique

La lettre ouverte prend la forme d’un appel solennel adressé au président gabonais. Dans un ton à la fois respectueux et bouleversant, Philomène Okome Ndong dit venir déposer aux pieds du chef de l’État « le cri perçant d’une mère en détresse face à un danger qui menace sa progéniture ». Elle se présente comme une femme de 68 ans, originaire du Woleu-Ntem, mère de sept enfants, qu’elle dit avoir élevés au prix de lourds sacrifices. Dès les premières lignes, le texte plante le décor d’une douleur familiale devenue publique.

L’intégralité de cette lettre publiée ici par sa fille

La signataire raconte une vie entière consacrée à ses enfants, entre travaux domestiques et commerce de poisson au marché Mont-Bouët, pour leur assurer une éducation. Elle affirme avoir bâti, pierre après pierre, de modestes biens qu’elle considérait comme l’héritage de sa famille. Dans son récit, cette trajectoire de lutte a basculé avec l’arrestation de son fils aîné, Landry Nze Essame. Depuis, écrit-elle, toute la famille vit dans une spirale de souffrance, d’attente et d’humiliation.

Landry Nze Essame au cœur d’une affaire qui s’enlise

Selon cette mère de famille, Landry Nze Essame était un entrepreneur particulièrement actif, à la tête de plusieurs sociétés identifiables ayant employé près de 200 jeunes Gabonais, y compris certains de ses frères et sœurs. Elle dit avoir vu dans son parcours une source de fierté et de soulagement, après des années de privations. Mais cet équilibre s’est effondré lorsqu’il a été arrêté le 30 septembre 2022 dans une affaire d’escroquerie. Plus de trois ans après, elle dénonce une détention qui se prolonge sans issue claire.

Le mis en cause présentant l’affaire à l’origine de ses ennuis judiciaires

Dans sa lettre, Philomène Okome Ndong assure que son fils n’a jamais déclaré ne pas pouvoir rembourser sa dette et que toutes les propositions de règlement du conflit ont été ignorées. Elle affirme aussi qu’après quatre renvois, la prochaine audience a été fixée au 21 avril. À cela s’ajoute, selon elle, une incompréhension supplémentaire : Landry Nze Essame aurait figuré parmi les 274 personnes annoncées comme libérées le 16 mars dernier, sans être effectivement relâché. Pour sa mère, cette situation renforce le sentiment d’une injustice prolongée.

Des accusations d’abus et d’abandon

L’autre versant de cette sombre affaire concerne la gestion du dossier par un avocat au barreau du Gabon, que la mère accuse de l’avoir trahie. Il s’agit selon nos informations du célèbre Ange Kevin Nzigou, avocat et leader de parti politique. Elle explique lui avoir versé d’importantes sommes au titre des honoraires et d’une provision (de 6 des 12 millions reclamés ,ndlr), allant jusqu’à vendre son taxi pour réunir l’argent demandé. Mais au lieu de défendre efficacement ses enfants, cet avocat aurait, selon elle, opposé à la famille le silence, la négligence et le mépris. Elle dit aujourd’hui réclamer des comptes sur des fonds remis pour la défense de son fils.

L’avocat Ange Kevin Nzigou, objet de la controverse

La mère affirme en outre que plusieurs de ses enfants ont eux aussi été arrêtés au début de la procédure. Elle soutient également que les biens de Landry Nze Essame ont été saisis sur présentation d’une commission rogatoire, placés sous scellés, puis finalement vendus. Après la disparition de l’avocat du dossier, la famille aurait dû se rendre elle-même au tribunal pour suivre l’évolution de la procédure. S’estimant trompée et abusée, elle dit avoir saisi le bâtonnier de l’ordre des avocats, sans réponse depuis cinq mois.

Une famille brisée par la procédure

À mesure que la lettre avance, le récit judiciaire se double d’un drame social. Philomène Okome Ndong explique avoir perdu ses biens en faisant partie des déguerpis de Plaine Orety. Restée à Libreville pour ne pas abandonner son fils, elle dit avoir dû louer dans l’urgence un appartement chez un ressortissant nigérian, dans des conditions très difficiles. Elle résume ce déclassement avec amertume : de propriétaire de plusieurs maisons, elle se retrouve, écrit-elle, locataire dans son propre pays.

Le mis en cause posant pour sa boîte

À cette précarité s’ajoutent le chômage de ses enfants diplômés, ses propres ennuis de santé après deux opérations, ainsi que la douleur d’un père âgé de 81 ans. Selon la lettre, ce dernier aurait même organisé des sit-in devant le ministère de la Justice avec une pancarte de fortune pour tenter d’alerter les autorités. Le texte insiste aussi sur la dimension intime de l’épreuve : Landry Nze Essame est présenté comme un époux et père de six enfants, dont le plus jeune serait né pendant sa détention. C’est donc toute une famille qui se dit broyée par cette procédure.

Un appel direct à l’intervention du chef de l’État

Dans les dernières lignes, la lettre se transforme en supplique. Philomène Okome Ndong demande l’intervention directe du président Brice Clotaire Oligui Nguema, qu’elle interpelle avec les mots d’une mère arrivée à bout. « Pour mes enfants, je lutterai jusqu’au dernier souffle et à vos pieds, je viens m’effondrer », écrit-elle, avant de dénoncer un avocat qui se dirait plus fort qu’elle, non parce qu’il aurait raison, mais parce qu’il prendrait plaisir à ajouter « de la peine sur la peine ».

Publiée ce mardi sur les réseaux sociaux, cette lettre ouverte dépasse désormais le seul cadre familial. Elle soulève, par son contenu, des questions plus larges sur la lenteur judiciaire, le suivi des détenus, la responsabilité des conseils juridiques et la protection des droits de la défense. En exposant publiquement le cas de Landry Nze Essame, sa mère tente manifestement de faire sortir cette affaire de l’ombre. Son texte est à la fois une dénonciation, une plainte et un dernier recours.

 

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